Patrimoine de la commune
Mémoires sur le four communal du Théron.
Le
four du Théron était, avant qu’il ne soit réduit à l’état de ruine,
un four avec des dalles et des briques en terre réfractaire
muni d’une fermeture avec une porte en fer. Cela laisserait
croire qu’il aurait été refait, car autrefois, les fours à pain
étaient construits uniquement en pierres basaltiques taillées
par des artisans spécialisés. La taille des pierres de la voûte
s’effectuait sur un plan tracé à même le sol en fonction d’une
circonférence choisie. La taille était carrée pour les dalles
du sol, et légèrement conique pour la voûte. Le montage était
fait avec un liant de terre réfractaire résistant à haute température.
Je pense que la réfection de ce four pourrait être à l’instigation
de monsieur Jacques Poumarat en 1818 ou 1819. En effet, celui-ci
était un notable de la commune, et résidait au Théron dans la
grande maison bourgeoise (de l’époque), qui appartient actuellement
à la famille Valentin. L’utilisation la plus importante de ce
four s’effectua, à ma connaissance, à partir de 1925 et jusqu’en
1946, au lendemain de la seconde Guerre mondiale.
A ce moment là, il y avait au Théron beaucoup de grandes familles
(14, soit environ 55 personnes), dont six récoltaient du seigle
pour le pain et le faisait moudre en farine au moulin de Pounard.
Ce blé était ensuite transporté à dos d’hommes, d’ânes ou de cheval
jusqu’au hameau. Il fallait ensuite confectionner le pain. La
veille de la cuisson, le levain et la farine étaient versés dans
le pétrin. Ensuite, au milieu du tas de farine, on creusait un
trou dans lequel était versé une quantité d’eau proportionnelle
au volume. Dans cette eau, le levain était dilué avec les mains
en ajoutant une petite quantité de sel. La totalité des éléments
mélangée, on pétrissait alors l’ensemble avec les mains jusqu’à
ce que la pâte soit homogène et très consistante. Ensuite, celle-ci
était mise dans un coin du pétrin, couverte d’un linge, au chaud
pour mieux lever, et attendait le lendemain. Le matin, lorsque
cette pâte était bien levée, on la coupait à l’aide d’une grande
spatule (rasclo-maï). Avec les mains on la modelait pour former
de gros pain (tourtes) de trois à quatre kilogrammes mis dans
des paniers ronds en paille (paillasses). Le pain était alors
prêt à cuire.
Le four était chauffé avec des genets secs ou des fagots de brindilles
de bois. La chauffe qui nécessitait une cinquantaine de kilogrammes
de bois était terminée lorsque les briques de la voûte étaient
devenues blanches sous l’effet de la chaleur. Le four chaud, il
fallait d’abord le nettoyer avant d’enfourner le pain, au moyen
d’une raclette avec un très long manche pour atteindre le fond
du four, ce qui permettait de retirer les charbons et les bouts
de bois restants sur les dalles du four (riable). Ensuite on passait
un écouvillon, c’est à dire une grande serpillière mouillée montée
au bout d’un long manche pour finir de nettoyer les cendres restantes
sur les dalles. Le four propre, on posait alors une grande pèle
en bois rond avec un long manche sur le rebord extérieur de la
porte du four, le manche introduit dans un trou à gauche du mur
prévu à cet effet. De la paillasse la pâte était renversé sur
la pelle enfarinée pour qu'elle ne colle pas. Aplatie et modelée,
elle était introduite dans le four. La porte du four fermée,
la cuisson durait deux heures environ selon la grosseur des
tourtes.
Dans le village, presque la totalité des ménages engraissait un
cochon, et, du mois de décembre au mois de février, chaque famille
procédait à la tuade du cochon. A cette occasion, chacune d’elle
confectionnait un grand nombre de caillettes et de pâtés de foie.
Cette charcuterie était mise dans de grands plats ronds, en terre
cuite, et la cuisson s’effectuait dans le four communal, car dans
les campagnes, très peu de personnes possédaient une cuisinière
avec un four. La cuisine était donc faite uniquement dans la cheminée,
sur le feu de bois. Une odeur incomparable flottait alors sur
le Théron.
Pendant une vingtaine d’années le four n’avait pas le temps
de refroidir, car on y cuisait deux à trois fois par semaine.
Lorsqu’une personne voulait cuire du pain, elle le signalait par
un marquage du four qui consistait à mettre un petit fagot de
genets à un endroit prévu à cet effet. Cette marque indiquait
la réservation du four pour la journée. Il suffisait alors de
faire le tour du village pour connaître la famille. Ce four
était aussi le lieu de rencontre des hommes du village, surtout
par temps de pluie ou de froid en hiver, pour parler, échanger
des nouvelles sur le travail, les événements politiques et économiques
du pays. Souvent l’un d’eux racontait une histoire, parfois même
un peu grivoise, et d’ailleurs souvent connue par un grand nombre
de personnes de l’assemblée.
Article de M. Émile Hilaire